


Troula :
A à peine 50 km de Kayes, soit 3h30 de pirogue et 4h de charrette à ânes en pleine brousse, un paisible village de 2 600 Soninkés vous attend. Votre hôtel : les logements de fonction du dispensaire avec leur 5 lits. A l’abris de la tonnelle, vous préparerez des réunions de prévention et dégusterez avec bonheur et découverte les spécialités locales.
Le village, c’est une belle mosquée récente (1979), 2 écoles (communautaire et coranique), des « petites boutiques », des champs de maïs et de mil à perte de vue, ses associations dynamiques (les anciens qui se reposent, les jeunes qui font le fête, mais aussi comité de santé ou de gestion) et sa faune variée : lézards, crapauds, criquets, ânes, chiens, dromadaires…
Pour nous, Troula fut avant tout une grande aventure, tant humaine qu’humanitaire.
Le lendemain de notre arrivée à Kayes, Jeudi 9 septembre 2004, Founé (un travailleur immigré rentré au pays pour ses vacances), en tant que représentant du village, nous a retrouvé à l’hotel : quel soulagement, nous qui pensions devoir le chercher dans cette ville de 50 000 habitants ! Grand sourire, vêtements traditionnels par dessus son jean Levis, gentillesse à toute épreuve, son accueil fut chaleureux. Nous voilà pris en charge et en route vers Troula dès le vendredi. Autant dire que le trajet fut folklorique :
- Pirogue : paysages merveilleux sous une chaleur torride… direction Ghani.
- Charrette à ânes : elle nous attendait pour un trajet tout terrain sans amortisseurs… Exception faite pour l’un des hommes du groupe qui a eu l’opportunité de connaître les joie de la moto dans la brousse. Evidemment, ça va plus vite.
La vie quotidienne au village :
Le rythme de vie là bas est bien différent du notre. Debout à 6h45 pour profiter des heures fraîches. Puis douche dans les latrines avec l’eau vivifiante du puit avec en option de charmant compagnons : les crapauds et animaux en tout genre ! Ensuite, petit-déjeuner avec pain (‘bourou’) frais à domicile et thé au barbecue : autant dire qu’il vaut mieux s’y prendre à l’avance.
Après ces petits moments de bonheur, place à nos projets. Le midi, la sage-femme du village, l’adorable Maïmouna, relevée de ses fonctions d’infirmière par le comité de santé pour nous, préparait de délicieux plats. Les fourneaux ? un foyer et une marmite au milieu de la cour du dispensaire ! Aux menus, nous avions du mouton frais sacrifié du matin (en l’honneur de notre arrivée), du riz au gras, des spaghetti au gras, des petits pois au gras, des frites au gras, du tau et sa sauce au poisson séché ( à goûter absolument), bouillie de riz et le merveilleux couscous sarakolé de Founé… un vrai régal ! L’après-midi le village est calme, la chaleur étant trop intense pour la moindre activité. Tout reprend vie vers 17h, l’heure à laquelle des villageois, devenus amis, nous invitaient à prendre les fameux 3 thés : « amer comme la mort, doux comme la vie, sucré comme l’amour ».
Après le repas du soir, grandes conversations avec nos amis étudiants en médecine de Bamako qui nous ont accompagnés jusqu’au village. Enfin, dodo sous la moustiquaire ! Protégeons-nous du terrible paludisme.
Le projet :
Le plus souvent possible, nous essayions d’organiser des réunions de préventions dans le villages. Difficile de motiver les troupes, surtout après deux années de réunions similaires. Nous avons donc essayé d’innover en mettant l’accent sur un problème qui nous est apparu majeur : le tabac, un vrai fléau au Mali, car bien moins cher. Dès leur plus jeune age, les garçons tombent dans le piège de la cigarette. Les autres thèmes abordés concernaient l’hygiène, la nutrition (y compris la nutrition néo-natale), les grandes maladies endémiques (bilharziose, paludisme, sida, …). Il nous paraissait important de démontrer la nécessité de se présenter au dispensaire dès les premiers symptômes, cela peut évoluer si vite !
Tous les jours, nous avons également accompagné l’infirmier Mr Diallo dans son réel rôle de médecin du village et de ses environs. Les internes de Bamako ont d’ailleurs eu un rôle primordial : ils se sont occupé du dispensaire pendant une semaine, l’infirmier devant s’absenter. Les interventions étaient diverses et variées allant de la crise de palu et ses aiguilles curatives impressionnantes à la « petite » chirurgie locale (sans anesthésiques bien sûr), en passant par les douloureuses blessures des enfants. Nous avons par ailleurs apporté à la pharmacie environ 45 kg de médicaments, récupérés en France par le biais d’associations diverses. Nous en avons aussi acheté à Kayes (une quinzaine de kg environ) au milieu du séjour. Notre projet, c’était aussi la construction d’un incinérateur pour les déchets du dispensaire : 4 petits mur de briques pour protéger les enfants de ces déchets souillés qui volaient au vent. Nous avons aussi pensé à l’éducation, indispensable au développement d’un village : achat à kayes de matériel scolaire divers.
Il est important pour nous de faire marcher le commerce local plutôt que d’apporter du matériel français. Les villageois étaient très content et nous l’ont bien montré !
La fête nationale :
La fête nationale faut aussi un grand moment. En effet, nous avions la chance d’être au Mali le 22 septembre, et en plus d’être dans un petit village où la fête y tient une place plus importante qu’en ville. A Troula, elle a duré 3 jours : tam-tam, danses, vêtements traditionnels, sacrifices de bœufs… enfin le soir, car l’après-midi, c’était plutôt réunion des jeunes autour de leur chaîne HiFi. Quel honneur avons nous eu d’y participer en interprétant La Marseillaise devant tout le monde en tenues locales… drôle de situation ! Le soir, les jeunes se déhanchaient au son des percussions dont les africains ont le secret. C’était magnifique et indescriptible.
A travers ce court résumé, nous avons tenté de vous faire partager notre vécu à Troula. Mais comme l’a dit Youssouf, un de nos amis troulanais :
« Quand tu vois le front, tu verras la nuque un jour »
Nous avons donc quitté Troula et ce fut dur de se dire qu’on ne les verra peut-être plus jamais. Nous essayons de garder contact avec l’aide des migrants de Paris (Founé, mais aussi Diallo et Sacko).
Que cette amitié soit longue